Matcha | DemysTEAfication
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27 janvier 2017

Matcha Matsu No Mine

matcha

Ce matcha est commercialisé par la Maison Sankyuen, et affiche un prix de départ japon de 6480 Yens les 200 grammes ce qui fait, après conversion, 26,30 € ramené aux 100 grammes. Comme les autres produits de cette maison, il est présenté dans le même emballage générique métallique, et seule l'étiquette sur le dessus de la boite change en fonction du contenu.

Sankyuen matcha 三丘園

Vu le temps et surtout la température ambiante, le Tsutsu Chawan ou Chawan "d'Hiver", à forme haute, est de rigueur. Pas de neige malgré la saison, c'est donc aussi le moment d'y faire un clin d’œil en agrémentant l'ensemble par un Kogo en Raku ayant la forme d'une hutte japonaise au toit enneigé ...

chanoyu

... à laquelle répondent les branches de sapin du Kama, élément des fameux "Trois Amis de l'Hiver" ou Sho-chiku-bai.

Tetsubin

Comme toujours, une commande en gros conditionnement est plus avantageuse et donc l'utilisation d'un Natsume ou d'un Chaire s'impose pour la conservation et l'utilisation de tous les jours (une certaine fréquence "rapide" de consommation permet ainsi au thé en poudre de ne pas s'altérer, le transvasement à partir du plus gros contenant, qui est lui réfrigéré, se faisant au fur et à mesure afin de lui conserver une qualité constante même si je ne laisse généralement aucun temps de répit à mon stock de thé vert, ne lui permettant donc pas non plus d'avoir la latitude de se dégrader).

Chanoyu cérémonie du thé

Ustensiles en place, eau puisée dans le Kama, il ne reste plus qu'à verser celle-ci dans le Chawan, ici par Shibuya Deishi, dernier clin d'oeil par ailleurs aux "Trois Amis", et à battre le thé avec le Chasen.
 
Hagi yaki

Au moins aussi doux que le matcha Kumoi No Shiro de la même maison, ce Matcha possède une profondeur et une complexité supplémentaire, mais sans développer d'amertume comme le matcha Dayuan. Il est ainsi plus frais, plus aérien que ses deux prédécesseurs et également plus lisse et constant lors de sa dégustation qui se déroule sans à-coup sensible. On pourra donc sans problème l'utiliser à la fois pour l'Usucha et le Koicha, sans avoir de mauvaise surprise, même lorsque l'on débute.

La différence de prix est minime par rapport à ses prédécesseurs et on a vraiment une montée en gamme appréciable. La Maison Sankyuen ne déçoit pas depuis une commande de découverte et les kilos de leurs Matcha consommés à ce jour ... reste à poursuivre la découverte de leurs autres produits !

deishi shibuya

2 septembre 2016

Matcha Dayuan

Dragon bizen

Commercialisé par la Maison Sankyuen, ce matcha affiche un prix de départ japon de 5400 Yens les 200 grammes ce qui fait, après conversion, 23,32 € les 100 grammes.

blog sur le thé

Avec un peu de temps, c'est toujours l'occasion de mettre un peu plus les formes et de mettre en œuvre Furogama, Hishaku et Futaoki. Vu le volume du contenant de départ, il faut aussi se munir d'un Natsume ou d'un Chaire pour pouvoir optimiser la conservation en réfrigérant le contenant de départ, à moins de faire une importante consommation de Matcha et d'utiliser rapidement les 200 grammes initiaux.

bouilloire traditionnelle japonaise en fonte

La solution alternative peu également consister dans le fait de commander en plus petites quantités, mais on voit alors le prix augmenter, le prix de l'emballage et du conditionnement devenant plus cher.

matcha

Une fois l'eau chaude, ne reste qu'à verser celle-ci dans le Chawan, ici par Deishi Shibuya, et battre le matcha avec le Chasen.

chawan

Tout aussi doux que le matcha Kumoi No Shiro de la même maison, ce Matcha possède cependant d'emblée une note iodée plus marquée qui, loin d'être désagréable, lui procure une profondeur et une complexité supplémentaire. Ce matcha semble également plus vert sur le palais et on ressent enfin une très légère amertume en longueur en bouche qui vient finement souligner le goût de ce Matcha.

Hagi Yaki

J'éviterais ce Matcha pour la réalisation de Koicha, mais il est assurément parfait pour l'Usucha, à un prix défiant toute concurrence qui plus est. En conclusion, voici un thé de cérémonie de qualité au prix d'un Matcha de consommation courante.

7 juillet 2016

Hishaku

blog sur le thé

Ustensile peu prisé, l'Hisaku est une louche en bambou qui, dans le Chanoyu, sert principalement à puiser l'eau chaude dans le Kama pour la verser dans le Chawan, ainsi qu'à puiser dans le Mizusashi, récipient à eau froide, à partir duquel on va pouvoir compléter le volume d'eau manquant dans le Kama. On utilise enfin un Hishaku pour puiser dans le Chozu-bashi, vasque en pierre située à l'extérieur du Chashitsu et destinée à pratiquer les ablutions de purification avant le Chanoyu.

Comme toujours rien n'est aussi simple qu'il y parait dans le Chanoyu et on retrouve donc deux formes principales d'Hishaku destinés au service de la cérémonie du thé, en fonction du type de foyer utilisé et donc en fonction des saisons. On trouve ainsi un Hishaku destiné au Ro, le foyer enterré, et un Hishaku destiné au Furo, le foyer portable. Fort semblables, on distingue malgré tout quelques petites différences.

hishaku louche en bambou

En premier lieu, l'Hishaku destiné au Ro est un peu plus grand et large que l'Hishaku destiné au Furo et la coupe pour puiser l'eau de l'Hishaku destiné au Ro est aussi un peu plus grande et plus large que celle de l'Hishaku destiné au Furo. De la même manière, le manche du premier et aussi un peu plus grand et épais que le manche du second. Mais cela se voit essentiellement quand on les place l'un à côté de l'autre car le seul moyen infaillible de distinguer un Hishaku pour Ro d'un Hishaku pour Furo est la forme de la terminaison de son manche.

hishaku pour ro ro-hishaku

Ainsi, un Hishaku pour Ro possède une fin biseautée qui part du côté de la coupe pour aller vers la fin du manche. Le biseau est donc visible du dessus.

hishaku pour furo Furo-hishaku

Avec un Hishaku pour Furo, c'est l'opposé, il possède une fin biseautée qui part de la fin du manche pour aller vers la coupe. Le biseau n'est donc pas visible du dessus.

Ces deux Hishaku sont de la forme Tsuki-gata. On peut noter qu'il y a encore une troisième terminaison de manche pour Hishaku, droite celle-ci, pour certains Temae ou l'on utilise un Shakutate. Cette troisième sorte d'Hishaku, aussi appelé Kazaribishaku, est de type Sashi-toshi, la plus ancienne forme d'Hishaku, c'est-à-dire que le manche traverse la coupe de part en part et est maintenu par une cheville de bambou qui traverse le-dit manche tout en prenant appui sur le bord de l'intérieur de la coupe.

Sashi-toshi hishaku
Photographie © Ebay Inc.

On remarquera enfin que, comme le Chasen, l'Hishaku est un "consommable" de la cérémonie du thé et n'est pas nécessairement conçu pour durer. De fait, il va lui aussi s'user, notamment à cause de son mode d'utilisation, car s'il repose en partie sur un Futaoki, il repose aussi pendant un moment sur les bords chauds du Kama ...

blog de thé

L'Hishaku, qui n'est jamais composé que de bambou se trouve ainsi en contact à deux endroits avec le Kama brulant, sous le manche, ce qui n'est pas très grave, mais aussi sous la coupe, ce qui peut déjà poser plus de problèmes en terme de propreté ou plutôt de pureté, les instruments destinés au Chanoyu se devant d'être d'une propreté irréprochable, du moins en théorie. On changera donc plus ou moins rapidement de louche pour en prendre une qui est encore immaculée, au moins dans un cadre cérémoniel.

blog sur le thé

Ensuite, tout comme le Chasen, l'Hishaku peut tout simplement casser, car sa coupe est formée d'un tronçon de bambou séché et dont les parois ont été amincies. Les coupes des louches en bambou supportent ainsi assez mal l'écrasement, mais elles peuvent également être sujettes à des retraits si le bambou n'a pas été séché à cœur avant fabrication comme c'est souvent le cas avec les Hishaku bas de gamme de fabrication  chinoise, plus destinés à une décoration de style asiatique qu'à une réelle utilisation au contact de l'eau chaude.

blog à propos de thé

Dans ce dernier cas, un retrait pourra aussi intervenir au niveau de la fixation de la coupe au manche, qui n'est formée que d'un simple emboitement pour les Hishaku de type Tsuki-gata.

blog thé blog de thé

Enfin, ce type de fixation n'est simple que pour l’œil non averti car il nécessite de réaliser des sections propres et ajustées tout en tenant compte des contraintes que va subir le support à l'utilisation et c'est pourquoi les Hishaku sont en général fabriqués par les facteurs de Chashaku ou de Chasen.

30 avril 2016

Nodate

chanoyu nodate

Le Chanoyu Nodate est une cérémonie qui se tient hors d'un pavillon de thé, juste à l'extérieur, dans le jardin ou en pleine nature. Cette cérémonie de thé "champêtre", qui se tient généralement les beaux jours, au printemps ou en automne, peut prendre plusieurs aspects, plus ou moins formels.

Le Chanoyu Nodate le plus formel prend place sur une petite estrade rectangulaire qui rehausse l'officiant de quelques centimètres par rapport au sol. Cette estrade est recouverte d'un tissus rouge sur toute sa surface, l'officiant étant plus ou moins symboliquement protégé des éléments par un parasol de papier laqué de rouge maintenu par un pied en bois. L'estrade est fermée sur deux côtés par un dais formant paravent qui sert à délimiter l'espace. Les invités font face à l'estrade sur le côté principal et sont généralement assis sur des bancs, eux aussi tendus de rouge. La cérémonie est réduite à la prise du thé et d'une confiserie pour être centrée sur l'appréciation de l'agencement du jardin et / ou de la nature. Dans ce type de cérémonie, les instruments habituels du Chanoyu sont généralement utilisés, Furogama compris.

Il existe également des pratiques moins formelles qui nécessitent moins de préparation, mais qui comprennent tous les ustensiles du Chanoyu jusqu'au Kogo, ces ustensiles étant rangés dans une boite rectangulaire en bois laqué, qui permet de réaliser des cérémonies nécessitant également un Furogama, mais avec moins de cérémonial que pour le Chanoyu décrit ci-dessus.

Il y a enfin des ensembles qui permettent l'emploi d'un matériel spécifique, c'est-à-dire "portable", qui est donc adapté à ce type d'emploi. On trouve ainsi tout les ustensiles habituellement au centre du Chanoyu, mais avec une taille particulière, c'est-à-dire nettement réduite.

Le Chawan Nodate est donc nettement plus petit qu'un Chawan de taille normale :

chawan portable blog sur le thé

Forcément, pour battre le Matcha dans un aussi petit bol à thé, il faut un Chasen de taille adaptée :

chasen pour cérémonie du thé d'extérieur

Un Chashaku de même taille réduite va également avec cet ensemble :

blog sur le thé

Mais ce ne sont pas là les seules adaptations de ces ustensiles pour tenir une cérémonie du thé d'extérieur, car ce matériel est conçu pour prendre le moins de place possible et tenir dans une gaine de rangement et de protection. Le manche du Chasen est ainsi évidé pour permettre le rangement de la cuillère à thé :

club thé chashaku nodate
blog de thé blog thé

Un Natsume adapté fait aussi partie de l'ensemble, toujours de taille réduite bien entendu.

cérémonie du thé nodate cérémonie du thé d'extérieur

Le tout tient ainsi dans un espace réduit au strict minimum et pourtant très fonctionnel qui fonctionne tout aussi bien pour l'Usucha que pour le Koicha et qui permet de prendre son Matcha virtuellement n'importe où, pour peu que l'on se charge en plus d'un thermos d'eau chaude.

blog sur le thé

14 avril 2016

Histoire du Thé et du Chanoyu au Japon : Architecture, structure sociale et mutations des usages

kyoto

On peut considérer le Chashitsu comme l'expression la plus tangible de la place du thé dans la société japonaise féodale et effectivement, il arrive que cet élément architectural marque l'espace de façon prépondérante, comme dans le jardin de cette maison de Kyoto, où l'on peut trouver trois Chambres de thé à flanc de colline, toutes différentes dans leur conception. 

kyoto

Le Chashitsu du premier plan est ainsi une illustration du type Soan, au toit de chaume et aux petites ouvertures, le Chashitsu du deuxième plan laisse, lui, plus de place à la lumière tout en conservant encore un plan simple, tandis que le dernier, caché dans les frondaisons, plus luxueusement construit tout en restant assez simple, a un toit de tuiles. La construction à flanc de colline et sous un arbre dominant les autres n'est pas non plus un hasard mais constitue une référence directe aux anciens ermitages de l'époque Kamakura, montrant que le propriétaire connaissait ses classiques littéraires.

kyoto

Nul doute que le propriétaire de ce jardin était plutôt riche et plutôt attiré par le Chanoyu qui est par ailleurs, dans l'imaginaire collectif, bien souvent associé aux guerriers japonais, samouraïs de rang moyen ou Daimyo ... Nous ne sommes pourtant pas là dans la demeure d'un seigneur ou d'un guerrier, mais dans celle d'un riche marchand d'encens.

Structuration sociale et propagation du thé

histoire du japon et des japonais reischauer
La structure sociale sous le shogunat des Tokugawa in REISCHAUER ( Edwin O. ), Histoire du Japon et des Japonais. Tome 1. Des origines à 1945, Éditions du Seuil, Paris, 1973.

La structure sociale féodale japonaise est inspirée des théories sociales confucianistes. La place sociale des artisans est ainsi inférieure à celle des paysans, les marchands étant considérés comme des improductifs et situés au plus bas de l'échelle. De là, l'importante place des marchands sur la vie économique mais aussi culturelle du Japon est alors largement éludée de la littérature, au moins francophone, sur le Chanoyu, et ne parlons pas du net, qui reprend généralement tous les poncifs sur l'introduction du thé au Japon par les moines revenus de Chine et sur "l'appropriation" de la cérémonie du thé par les élites guerrières.

Certes, selon la légende, revenant de Chine, Eichu ( 743 - 816 ) serait le premier à apporter le thé au Japon. De même, Saicho ( 767 - 822 ), fondateur du courant Tendai également appelé École du Sutra du Lotus, branche du bouddhisme Mahayana, serait aussi le premier à apporter le thé au Japon. Kukai ( 774 - 835 ), fondateur du Bouddhisme Shingon, serait aussi le premier à apporter le thé au Japon. Plus tard, Myoan Eisai ( 1141 - 1215 ), fondateur de l'École Rinzai, une branche du bouddhisme zen japonais, aurait rapporté le Matcha de Chine, tandis que Eihei Dogen (1200-1253), fondateur de l'École Soto, une autre branche du bouddhisme zen japonais, aurait lui rapporté bon nombre d'ustensiles, toujours de Chine, Myoe Shonin ( 1173 - 1232 ) quand à lui, plantant le premier jardin de thé du Japon au sud-est de Kyoto, à Uji. De la même façon, on ne peut non plus nier que l'étiquette du Chanoyu faisant partie de l'éducation du guerrier idéal au même titre que l'art de la poésie ou le savoir littéraire, les samouraïs ou Bushi s'investissent dans cette pratique. Mais c'est oublier que les moines sont plus des vecteurs de diffusion d'idées que de réels logisticiens du transport de céramiques et de thé. C'est oublier que la première mention d'un Chagi, une cérémonie où du thé est offert aux participants, qui se tient à la cour impériale, date de 729, ce qui signifie que l'usage du thé était déjà connu et usité avant cette date et que la recherche archéologique a trouvé des graines de thé à Shizuoka datant de la période Yayoi ( -300 - 300 ). C'est également oublier que l'idéal d'un guerrier "complet", qui ne doit pas savoir seulement manier l'arc et le sabre mais qui doit aussi maîtriser le pinceau, se fait peu à peu jour aux prémices du XVème siècle seulement pour devenir une norme au début du XVIIème siècle avec la pacification des Tokugawa.

Mais le passage du Shoin au Soan n'est pas le fait de moines ou de guerriers, et est plus dû à l'influence directe de marchands prospères, tout comme la diffusion des objets pour le thé originaires de Chine, la diffusion par la suite d'objets du thé fabriqués au Japon, la transformation de la cérémonie du thé

On trouve ainsi, dans l'architecture, la trace du passage des modes, parfois condensé dans un espace restreint comme au Kinkaku-ji à Kyoto, où à quelques encablures du pavillon qui attire les visiteurs, se tient un petit Chashitsu qui est un bel exemple du style Soan et qui, à côté du Kinkaku, couvert d'or comme son nom l'indique, accentuant d'autant le contraste, fait plus penser à une masure qu'à une chambre pour le thé.

pavillon d'or kyoto

kyoto chashitsu chashitsu soan
chashitsu chanoyu

Le rôle des grands marchands et l'essor du Chanoyu

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Portrait de Sen No Rikyu par Hasegawa Tohaku, calligraphie par Shun'oku Soen, XVIème siècle. Photographie © Fondation Omotesenke Fushin'an

Si beaucoup de monde connait Sen No Rikyu ( 1522 - 1591 ), peu de monde connait Tsuda Sogyu ( † 1591 ) et Imai Sokyu ( 1520 - 1593 ). Pourtant, ils étaient tous les trois installés à Sakai, étaient tous trois des fils de marchands importants, étaient eux-mêmes des marchands prospères et furent tous trois les maîtres de thé ( Chato ) en charge du Chanoyu pour Oda Nobunaga puis pour Toyotomi Hideyoshi.

Il ne tirèrent pas non plus leur savoir de leurs seules expériences. Tsuda Sogyu suivi l'enseignement de son père, Tsuda Sotatsu ( 1504 - 1566 ) qui maîtrisait déjà le Chanoyu et est l'auteur initial des Tennojiya Kaiki ( Annales des rencontres de thé ) en 1548. Imai Sokyu et Sen No Rikyu furent les disciples de Takeno Joo ( 1502 - 1555 ), riche marchand de Sakai, qui leur enseigna le Chanoyu et occupa une place importante dans leur apprentissage, Imai Sokyu épousant même la fille de Takeno Joo.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tellement de maître du Chanoyu sont alors originaires de Sakai, car c'est dans ce lieu que ce type de cérémonie est alors en vogue, tandis que d'autres types de cérémonies plus formelles sont en vogue à Kyoto. On y pratique ainsi le cérémonie du thé Yotsugashira, littéralement la cérémonie des Quatre Têtes, c'est-à-dire la cérémonie des Quatre Honorés. Celle-ci est clairement d’inspiration chinoise par son organisation, les convives, assis sur des fauteuils, étant répartis de part et d'autre de la salle, autour d'un axe central marqué par un autel.

chanoyu
Cérémonie du thé Yotsugashira. Croquis © Marc Peter Keane / Stone Bridge Press in KEANE ( Marc Peter ), The japanese tea garden, Stone bridge press, Berkeley, 2009.

Dans cette cérémonie, le mobilier et les ustensiles sont également d'origine chinoise, ce qui correspond au goût d'alors, signe d'une culture Lettrée qui trouve une bonne par de ses racines en Chine, mais qui est aussi une certaine recherche de la complexité et peut être aussi de l'ostentation, pas parce que les objets chinois sont nécessairement sur-décoré, mais parce que provenant de loin, ils sont relativement coûteux, Kyoto concentrant par ailleurs une bonne part de riches nobles. Ainsi, lorsque la mode change à Kyoto et se tourne vers le Chanoyu, plus axé sur la simplicité et le dépouillement, c'est tout naturellement vers Sakai que se tournent les puissants que cette nouvelle mode intéresse.

L'histoire de l'établissement du Chanoyu tel qu'on le connait actuellement est elle aussi plus compliquée et plus protéiforme que l'on peut couramment le lire. Si Sen No Rikyu en est une figure centrale pour son travail de codification et de transmission, on a un peu trop vite oublié Murata Juko ( 1423 - 1502 ), lui aussi un marchand, qui est l'inventeur du Chanoyu et de la chambre de thé de 4 tatamis et demi chère à Sen No Rikyu. Murata Juko laissa également un écrit majeur du Chanoyu, le Kokoro no fumi, c'est-à-dire la Lettre du cœur, mettant l'accent sur la simplicité tout en ne condamnant pas les objets de prix mais prônant une sorte d'harmonie, et ce n'est donc pas par hasard qu'il reçu le soutient de divers protecteurs dans la petite noblesse, aux moyens relativement modestes, comme Furuichi Choin ( 1452 - 1508 ) qui sera son disciple et développera lui, avec son frère Furuichi Choei, le Rinkan Chanoyu, sorte de Chanoyu qui intègre le bain collectif dans sa pratique ! Enfin, c'est également du fait de Murata Juko que le Chanoyu est fortement influencé par le Zen, ayant reçu l'enseignement de Ikkyu Sojun ( 1394 - 1481 ). Takeno Joo s'inspirera ensuite des écrits de Murata Juko, et jouant le rôle décrit un peu plus haut ...

Ainsi, le Chanoyu, s'il gagne une place prépondérante dans les habitudes par l'intérêt que lui porte Oda Nobunaga puis Toyotomi Hideyoshi, a été pensé bien en amont par un groupe social initialement considéré avec un certain dédain tout en étant largement sollicité et utilisé par les classes dirigeantes. Les marchands n'y perdent d'ailleurs pas au change, trouvant par là une certaine ascension sociale, les classes n'étant pas aussi rigide que l'on peut le penser, le meilleur exemple étant justement Sen No Rikyu, qui était samouraï, comme le prouve sa mot, ayant reçu la faveur de faire Seppuku.

L'omniprésence du Chanoyu

Le Chanoyu va ensuite gagner une place prépondérante, si bien qu'il va éclipser toute autre forme de cérémonie du thé dans l'imaginaire collectif jusqu'à y devenir La cérémonie du thé japonaise, à l'exclusion de toutes les autres.

Le Chanoyu impacte aussi rapidement les décors que l'on peut trouver au sein même de la maison japonaise. Comme toujours dans celle-ci, rien de directement ostensible, mais tout est dans les détails minimes, comme les Hikite, poignées de cloisons coulissantes.

chanoyu

On retrouve ainsi, pour qui sait voir, habilement dispersés, Kama, Kan, Chasen, Gotoku, Furogama, Natsume, Chashaku, Hishaku, Futaoki, Haboki, Haiki, ..., que l'on retrouve au sein des Hikite ou encore inscrits en négatif sur les Ranma, certains éléments de décors devenant parfois prisés et reproduits dans des catalogues de modèles pour charpentiers et ébénistes.

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